larme de rhum

Je vous fais découvrir cette semaine un recueil de nouvelles « Une larme de rhum dans le thé » de Yolaine Von Barczy

Un titre comme une petite transgression. Vous savez, ces petites folies qui donnent du piment à la vie, et que l’on ne regrette jamais. A chaque nouvelle son héroïne, toutes ont survécu aux chemins de traverse de leur jeunesse. Endurcies par la vie, elles défendent leur droit d’avancer et revendiquent leur totale liberté. Ces femmes redécouvrent toute leur beauté avec la patine de l’âge et transcendent les codes de la bienséance en vivant chaque jour pleinement avec leur âme d’enfant. L’auteure retranscrit ici parfaitement le spleen de la vieillesse, tantôt perçue comme une épreuve à surmonter, tantôt abordée comme une joyeuse expérience

Au fil des pages…

Dignement en chapeautée, elle remonte lentement l’allée pour venir s’asseoir au premier rang. Le col de velours noir de son manteau impeccablement coupé laisse entrevoir les couleurs sobres d’un foulard de soie. Elle sent les regards posés sur elle. La châtelaine ! Elle intimide, elle le sait. Maintien irréprochable, élégance naturelle, elle a l’assurance tranquille des gens bien nés. Elle compte en silence. Dix-neuf pas jusqu’au choeur. Dix-neuf pas en blanc, au bras de son père, autrefois. Dix-neuf pas en noir, voilée derrière un cercueil… huit ans déjà. Dix-neuf pas tous les dimanches à neuf heures trente, dans l’intimité de la première messe. Son rendez- vous secret, sa source de vie, sa force et son inspiration. L’orgue joue merveilleusement du Bach. Elle a bien fait de le faire restaurer. Un rayon de soleil oblique allume les couleurs des vitraux. Depuis les travaux, ceux-ci ont retrouvé leur pureté d’autrefois. Sorte de tribu au patrimoine local, la petite église du village est entretenue par sa famille depuis des générations. Elle a été plus qu’à la hauteur… Tout à l’heure, elle recevra les enfants pour le déjeuner. Gâteau commandé la veille et sucettes pour la jeune classe. Sa belle-fille ne viendra pas et son fils aîné tentera comme il pourra de masquer la lente agonie de son mariage derrière une excuse de façade. Les autres seront là, au grand complet. À table, on débattra de politique. La droite, la gauche. La droite, surtout. De l’ouverture de la chasse ou des vacances à l’Île de Ré. C’était tellement plus tranquille avant cet horrible pont. Elle donnera son avis, bien sûr. Elle tiendra son rang, comme toujours. Puis ils prendront le café au salon. Les enfants auront le droit à un « canard », trempé dans sa tasse. On lui demandera des nouvelles de ses pauvres. On lui dira qu’elle en fait trop. Plus tard, après la sieste, ils iront prendre l’airdans le parc. Il faudra surveiller les plus jeunes, à cause des douves. Puis vers cinq heures ils s’excuseront de devoir partir tôt à cause des bouchons. L’orgue s’est arrêté. Devant, deux larges manches blanches s’élèvent vers le ciel. Elle se lève. Sa main gantée se crispe discrètement sur le pommeau de sa canne. « E t avec votre esprit ». Ses mots ne la trahiront pas. Oui, elle a pêché en pensées. Docilement, elle se lève, elle s’assoit. Les lectures défilent et les pages se tournent. Elle s’abandonne dans l’homélie dont le nom raisonne comme une douce musique à ses oreilles. Béate, elle y cherche un message et sent parfois son regard se troubler. Elle se lève à nouveau et se recueille en silence. Dans quelques instants, elle s’avancera vers l’autel. Leurs regards se croiseront.

La Quatrième de couverture

S’éteint-on forcément avec l’âge ? Rien n’est moins sûr. À condition de savoir parfois faire resurgir le croustillant du passé. Les vieilles dames de ces nouvelles ont toutes délicieusement flirté avec les limites. C’est ce qui les rend si lumineuses. Tour à tour malicieuses, courageuses ou amoureuses, elles nous offrent ce qu’elles ont de plus secret et de plus humain : un soupçon d’indignité.

Un mot sur l’auteur : Yolaine Von Barczy qui réside à Paris

Femme comblée dans sa vie privée et professionnelle, l’auteure, en tant que Directrice des Ressources Humaines, sait ce qui profite aux relations sociales. Plusieurs fois primée pour ses écrits, Yolaine VON BARCZY ose aujourd’hui considérer cette reconnaissance comme un encouragement à publier ses écrits. Elle nous livre aujourd’hui ce recueil sensible sur la vieillesse et l’espoir.

 

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