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Je vous fais découvrir cette semaine un nouveau talent « Les racines du figuier » de Roger Mangion

Enfant maltais, de père inconnu, Carlo n’avait au monde que sa mère venue de l’île de Gozo. Adopté par une famille tunisienne, il rencontre durant ses jeunes années Miloud, son ami, son frère de cœur.
Mais la guerre d’indépendance éclate et Miloud perd la vie. Carlo décide alors de s’exiler, mettant fin à une époque heureuse. Une déchirure qui ne le quitte pas et qu’il cherche à cicatriser en retournant, bien des années plus tard, sur les traces de son passé.
Inspiré de la vie de l’auteur, Les racines du figuierest aussi le récit de la perte d’identité et de la recherche des origines que connaissent bon nombre d’immigrés.
L’histoire universelle de celles et ceux que le destin a dispersés aux quatre vents

Au fil des pages…

Liberté donc ! Puisque telle était la pensée de Carlo ce matin-là à Tunis. La porte s’est refermée avec un bruit sec. Il s’éloigne de la masure et plus il s’en échappe et plus il hâte le pas, oppressé, essoufflé. « Ce quartier n’en finira-t-il jamais ! Voilà, ça y est » ! Laisser derrière soi le passé et découvrir, les yeux grands ouverts, l’inconnu. Il ralentit l’allure et les battements de son coeur se mettent au rythme de ses pas. Il est sorti de son ghetto. Il ose sa liberté. Il marche des heures, méthodiquement, rue après rue, comme s’il parcourait un chemin initiatique. Il veut toutes les connaître, pris d’une fringale de découverte, passe la rue de Monastir, allonge encore le pas et débouche enfin sur la rue de Marseille. Là il s’attarde devant les vitrines de toutes les tentations. Dans les magasins abondamment achalandés il se faufile parmi les clients, rêvant les tenues de l’été, les chaussures bicolores en cuir véritable… chevreau pleine peau ! dit l’étiquette. Il ne sait pas ce que cela signifie, mais imagine que c’est ça le luxe. « Un jour, j’aurai tout ça » ! Ne pas trop penser à l’avenir lointain. Il se dit que seul compte le présent immédiat et insatiable, il va et se saoule de guirlandes et de serpentins.
En cette semaine de Pâques, c’est la fête. Les vitrines, les balcons, tout est en fleur. Les églises exposent leurs reliques d’or et d’argent ostentatoires aux regards des fidèles ébaubis. La piété du peuple chrétien de Tunis est à l’image de celle de tous les pays latins du bassin méditerranéen. Elle est démonstrative, outrancière, sirupeuse et larmoyante. Elle est envahissante. Il regarde cela avec curiosité. Il n’a jamais vraiment cru à toute cette farandole qui mélange sans discernement les Actions de grâce et les cabrioles de cirque. Pourtant sa mère priait souvent. Lorsqu’elle croyait n’être vue de personne, elle priait et alors elle était comme transfigurée. Ailleurs, près de Marie. Elle devait lui confier ses doutes, ses peines et probablement implorait son pardon. Mais quelle faute avait-elle commise ? Avoir vendu son corps pour sauver son enfant ? Peut-on concevoir cela comme une faute. N’était-ce pas l’ultime sacrifice, celui qu’une femme peut offrir parce qu’elle n’a rien de plus précieux à vendre ? Un acte de vraie Foi ? Portait-elle un secret trop lourd pour elle ?

La Quatrième de couverture

Il savait déjà que les chemins qui mènent à la vérité et à l’amour s’entrelacent et serpentent entre des murs aux pierres angulaires acérées, contre lesquelles on s’écorche le cœur. Il est pourtant revenu au pays de ses origines, ses blessures pas encore cicatrisées, comme on reprend sa phrase après une aposiopèse. Va-t-il trouver le chemin qui mène à la guérison de l’âme ? Il ne le sait pas encore. Il aura au moins
essayé de se connaître mieux. Qu’est-il enfin ! Ses mystères sont multiples. Enfant d’Afrique ou d’ailleurs. Où sont ses racines ? Et cette Tunisie, qui ne parvient pas à retrouver la paix et continue de se déchirer ! Était-il opportun de revenir ici, en ces temps troublés ? Qu’importe ! Après tout, il est revenu pour tenter de trouver les pièces manquantes de son puzzle et enfin trouver sa paix intérieure.

Un mot sur l’auteur : Roger Mangion qui réside à Epinouze,

dans la Drôme

« La littérature est une des seules réponses au mal et à l’ennui. » C’est avec ce proverbe à l’esprit que Roger Mangion écrit depuis près de soixante ans.
Né à Tunis de parents inconnus, l’auteur vit pourtant une enfance heureuse auprès de ses parents adoptifs.
Expulsé de Tunisie après la guerre d’indépendance, il arrive en France, le pays de son épouse Professeure à Tunis. Bientôt père de deux enfants, il a peu de temps à consacrer à sa passion.
Arrivé à la retraite, le « virus » porté depuis tant d’années ressurgit. Il ressort alors plumes et encrier, en réalité un ordinateur tout neuf, pour se consacrer enfin à l’écriture.

 

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