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Je vous fais découvrir cette semaine un nouveau talent : Michel DISSON et son livre « Quand reviendra le temps des vendanges »

De son premier souvenir d’enfant jusqu’à son dernier souffle, Juliette, revient sur les souvenirs qui ont marqué sa vie.
Les jeux d’enfants, les rires, les odeurs, la cour de récréation, l’entreprise familiale et la perte d’une petite amie juive déportée.
Puis la vie active, la rencontre avec un jeune commandant qui deviendra son mari, la découverte de la sexualité et de ses vices, l’exil vers Paris, ville Lumière, et une lente descente aux enfers.
Michel DISSON conduit parfaitement le récit de cette femme ordinaire qui, livrée à elle-même, n’aura pas d’autres choix que de se battre pour affirmer sa liberté.

Au fil des pages…

Nos corps sont légers et aériens. Je ne me souviens d’aucune douleur, d’aucune gêne dans mon corps d’enfant. C’est un instrument de jeu. Et une curiosité amusante. Nos excréments sont un sujet de plaisanterie, le pipi des garçons un objet de concours, à qui projettera le plus loin son urine en dressant sa quéquette. Ils ne savent pas qu’ils ont une prostate, ils l’apprendront plus tard. Après la classe, les jours d’été, des garçons nous rejoignent pour jouer dans les fonds de cour. J’ai un copain, Édouard. Jolie frimousse, nez en trompette, cheveux bouclés. Et graine de chef : toujours à commander, à dire qui doit faire quoi. Et tout le monde suit, à peu près, sans râler. Ça me plaît, je le comprends, Édouard, je suis un peu comme lui. On joue à la guerre avec des pistolets en bois et on se cache derrière des vieux bidons, des tas de bois oubliés, des vieilles machines rouillées. Les coins sont infinis où l’on se dissimule. C’est une joie totale que cette infinité. Je fais la morte derrière une vieille charrue, sous des chiffons, je m’y sais introuvable. Eh bien Édouard m’y trouve au bout de cinq minutes. Je le soupçonne de me pister, je ne sais pas comment. De m’espionner. Il soulève les chiffons, me tire par le bras, s’approche de moi, et me colle un baiser sur la bouche. Quelque chose de furtif, d’arraché au passage, mine de rien. Mon premier baiser est une brève impression, un léger choc. J’ai vu des amoureux s’embrasser, ce n’était pas comme ça. Aussi, je suis
frustrée. J’en redemanderais bien, mais voilà qu’il se recule, me fait un beau sourire, baisse sa culotte, me montre son zizi et détale en pouffant. C’est un rapide, 33 Édouard, pas vraiment sentimental. Il m’amuse, j’ai un faible pour lui. Pendant les longues vacances d’été, mes frères vont à la pêche. La rivière fait des méandres dans la vallée, elle repose le regard. Quelques nénuphars tapissent sa surface le long de ses berges. Des araignées d’eau se laissent glisser lentement au rythme du courant. Des saules tendent leurs branches vert olive vers l’eau kaki. Des peupliers en majesté dressent leur fût vers le ciel où quelques cumulus blancs disent la chaleur et que ce soir l’orage éclatera peutêtre. Dans les prés de graminées, de luzerne et de trèfle, parsemés de coquelicots, de myosotis et de boutons d’or, quelques vaches noires et blanches paissent ou ruminent. Ce n’est pas sans force promesses de me tenir tranquille que j’ai droit à accompagner mes frères, si René est bien disposé. Après une demi-heure de gros efforts à regarder mon bouchon, je file en douce à la chasse aux papillons et à la recherche de criquets en surveillant les vaches du coin de l’oeil. Mis face-àface, tenus par les pattes, deux criquets se dévorent épouvantablement. Leurs mandibules broient le crâne adverse avec une férocité surprenante. Je contemple le combat jusqu’à l’épuisement total des deux adversaires, car j’adore.

La Quatrième de couverture

Il n’y a pas de haine heureuse, il n’y a pas d’amour heureux. Aime-t-elle ? Hait-elle ? Dans ses vieux jours, Juliette ne cesse de se poser de difficiles questions. Avec une lucidité sans complaisance sur ses révoltes et son caractère teigneux, Juliette nous fait le récit de sa vie avec un humour mordant. Des odeurs de la petite enfance à un amour impossible, en passant par sa vision
de l’occupation et de la guerre, elle raconte ses mésaventures vécues au fil des années. Dans le maelström des événements de son siècle, elle nous dit comme « on est bien sur ses vieux jours dans la cuvette de son village bourguignon, heureux que les crêtes interdisent au regard la vue des vanités. »

Un mot sur l’auteur : Pierre Foltran qui réside à Saint-Georges sur Cher

Né en 1930 à Louhans, une commune de Saône-et-Loire, Michel DISSON est un homme de lettres coincé dans un corps d’ingénieur. Son métier lui permet néanmoins de parcourir le monde (Japon, Inde, Espagne, Colombie, Irlande…) et lui donne le goût de l’aventure et des rencontres impromptues.
Amoureux de la nature et du sport, c’est à vélo qu’il affronte les montagnes grenobloises. Auteur d’un essai et de huit romans, cet écrivain accompli trouve son bonheur dans le cœur de ses lecteurs.

 

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